Structuration financière d’un rachat d’entreprise en Belgique : focus sur la Wallonie

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La reprise d’une entreprise est une opération stratégique qui doit s’accompagner d’une structuration financière robuste, équilibrée et adaptée au profil du repreneur comme à la réalité économique de la cible. Cette structuration repose sur une répartition équilibrée de fonds propres, de financement bancaire, et parfois d’outils hybrides. Cette combinaison détermine non seulement la faisabilité de l’opération, mais aussi sa viabilité sur le long terme.
Fonds propres et quasi-fonds propres
La première brique de toute structuration financière est constituée des fonds propres, c’est-à-dire l’apport en capital du repreneur ou de son véhicule d’investissement. En général, un minimum de 20 à 30 % du prix d’acquisition est attendu sous forme de fonds propres afin de démontrer l’implication du porteur de projet et rassurer les partenaires financiers.
À côté du capital pur, on trouve les quasi-fonds propres, ou « assimilés », qui jouent un rôle essentiel dans le levier financier :
- Prêts subordonnés : généralement non garantis et remboursables à long terme, ils sont considérés par les banques comme proches des fonds propres. Ces prêts peuvent être consentis par des actionnaires ou des institutions (comme Wallonie Entreprendre) qui sont remboursés après la dette bancaire en cas de problème.
- Le crédit vendeur : Il s’agit d’un paiement différé d’une partie du prix d’acquisition, accordé directement par le cédant à l’acquéreur. En clair, le vendeur accepte de ne pas recevoir la totalité du prix immédiatement, et accorde un prêt à moyen terme (souvent 2 à 5 ans), remboursable en plusieurs tranches, parfois avec intérêts. Il permet donc de réduire son besoin immédiat en capitaux et d’alléger la pression sur les fonds propres ou la dette bancaire.
Ces éléments permettent d’augmenter la capacité d’endettement de la structure sans trop diluer le capital, ce qui est particulièrement utile pour des repreneurs souhaitant garder le contrôle.
Financement bancaire
La dette bancaire classique, constitue souvent le deuxième pilier du financement. Elle est généralement amortissable sur 5 à 7 ans, et garantie par les actifs de l’entreprise rachetée. Les banques étudient attentivement la rentabilité de la cible, sa capacité à générer du cash-flow et la solidité du montage.
En Wallonie, les banques sont souvent enclines à intervenir à hauteur de 50 à 60 % du montant total du projet, à condition que le reste de la structure soit solide. Le recours à des garanties publiques (par exemple via Wallonie Entreprendre) peut faciliter l’octroi du crédit.
Analyses financières des partenaires
Les partenaires financiers vont analyser plusieurs paramètres économiques de la société cible tels que :
- Cash-flow libre : Indicateur clé qu’une banque va analyser pour évaluer si la société cible peut supporter le remboursement de la dette de rachat. Il représente le flux de trésorerie net réellement généré chaque année.
- DSCR (Debt Service Coverage Ratio) : capacité de l’entreprise à couvrir le remboursement de sa dette avec son cash-flow. Un ratio > 1,5 est généralement recherché.
- EBITDA : Indicateur fondamental pour les banques car il reflète la performance économique réelle de l’entreprise, sans l’impact de sa structure financière, fiscale ou de ses amortissements.
- La qualité du bilan : structure financière actuelle, endettement existant, niveau de capitaux propres.
Une analyse moins « financière » pourra également être menée par le partenaire financier en se penchant sur :
- La stabilité du chiffre d’affaires : Croissance régulière ou volatilité ?
- La résilience du modèle économique : Dépendance à un client ou fournisseur ? Secteur en croissance ou en déclin ?
- Notoriété/Réputation : Une bonne réputation facilite la continuité commerciale après la reprise et peut accélérer le retour sur investissement
Les types de montages possibles
Plusieurs schémas sont envisageables pour structurer un rachat :
- Holding de reprise : Le repreneur crée une société qui lève les fonds, rachète la cible et rembourse sa dette grâce aux dividendes versés par l’entreprise cible.
- MBI (Management Buy-In) ou MBO (Management Buy-Out) : Rachat par un manager externe ou interne, souvent avec le soutien de partenaires financiers.
- LBO (Leveraged Buy-Out) : Montage plus sophistiqué dans lequel une part importante du prix d’acquisition est financée par emprunt, en misant sur les flux futurs de l’entreprise pour rembourser la dette.
- Earn-Out (paiement différé) : Mécanisme de rachat où une partie du prix d’acquisition est conditionnée aux performances futures de l’entreprise.
La réussite d’un rachat d’entreprise repose sur une structuration financière bien pensée, combinant intelligemment les fonds propres, les quasi-fonds propres, la dette bancaire et parfois les aides publiques. L’accompagnement d’acteurs comme Wallonie Entreprendre, qui peut intervenir via des prêts subordonnés, des garanties ou du co-investissement, renforce considérablement la solidité du projet. Une attention particulière portée aux ratios financiers et aux scénarios de stress permet d’anticiper les risques et de sécuriser la reprise dans la durée.
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